Propos humoristiques

Le bonheur dans une barre énergétique

Suite à une cascade, bien involontaire, digne de Rémy Julienne je me suis retrouvé « condamné », le mot n’est pas trop fort, à deux mois sans vélo, deux mois sans les copains, deux mois … une éternité et puis cette météo capricieuse « Avec un ciel si bas qu’un canal s’est pendu ». Condition physique incertaine et le moral comme-ci comme-ça et puis … alléluia, alléluia,  jeudi 14 février jour de la Saint-Valentin, jour des amoureux de la petite reine. Printemps avant l’heure, renaissance, grand soleil et température clémente, alors bien-sûr la tentation est forte d’aller titiller les pédales, est-ce bien raisonnable ? Bien sûr que ça ne l’est pas. Et alors ? Enfin sentir le soleil et l’air doux sur le visage et puis retrouver les copains. Ah les copains, justement parlons-en de ceux-là, après le bonjour d’usage, aucune parole affective, aucune sollicitude, non rien de rien, si ce n’est des vannes douteuses, des plaisanteries de mauvais goût … je vous déteste les mecs … je vous maudis … mais qu’est-ce que c’est bon, encore, oui j’en veux encore, j’en redemande de vos blagues stupides. J’avais presque oublié combien vos âneries me sont indispensables, j’allais dire combien elles me sont vitales.

Pour cette reprise cycliste, la sagesse est de rigueur, j’opte pour le gruppetto Jojo Rochais « Si tu ne fais pas le con, tu peux rouler avec nous ! ». J’aime le franc parler de notre camarade ! Rassure-toi Jojo, ce n’est pas dans mes moyens actuels de faire l’imbécile et puis comme si c’était mon genre. Tous derrière et lui devant. Notre capitaine de route imprime un rythme soutenu mais régulier. Tout le monde attend tout le monde, tout le monde suit, le train train habituel … quel plaisir. « Tout est luxe, calme et volupté » cycliste.

Arrivés au lieu-dit « La Pissotière », après le besoin assouvi, petite barre de céréales pour le tonus. Vous savez cet espèce de truc au goût improbable, ce parallélépipède rectangle fait de « sciure » compactée dont on ne sait de quelle matière c’est fait ?  Dedans il y a, paraît-il, des « pépites » de chocolat certainement synthétique et des miettes de fruits dures comme du carton et qui collent aux dents. C’est sucré, bien trop sucré. Ça c’est pour les meilleures ! Depuis que je fais du vélo, j’en ai mangé quelques kilos, sans ne plus en apprécier le goût, un peu par habitude. Juste pour se persuader que ça redonne un peu de tonus. Et bien ce jeudi là, cette barre énergétique, au soleil, avec les copains, cette chose sans nom, ce fut un régal, une merveille, un festin, chaque bouchée mastiquée longuement, appréciée comme il se doit. Même que j’aurais dû en prendre plusieurs. Ah gourmandise quand tu nous tiens. Redécouverte d’une sensation gustative oubliée. Je ne voudrais pas être taxé d’exagération mais à ce moment précis j’ai pensé que les chefs étoilés devraient les proposer sur leurs cartes des desserts. C’est sans doute l’euphorie du plaisir, la redécouverte de petites joies, quand des choses insignifiantes prennent une grande valeur. Depuis toujours des philosophes ont noirci des pages sur le bonheur, les ignorants mais moi, entouré des copains, je l’ai trouvé le bonheur en mangeant une barre énergétique ! Elle est pas belle la vie ?

Retour tout en souplesse, sans excès. Même pas mal … à part peut être au fondement-même de l’individu. Petite douleur dérisoire. Quel bonheur de sentir son corps bien vivant, de ne plus avoir mal au moral. Merci Jojo, merci Mary, merci à tous les gars du groupe, je n’ai jamais tant apprécié une sortie à vélo.