Propos humoristiques

Le syndrome de Google

Je n’ai pas honte de le dire, je ne suis pas une flèche en matière d’informatique et je l’assume, n’empêche qu’en ce moment je suis en dépression, je suis atteint du syndrome de Google Drive (état pathologique devant une situation mauvaise).
Bien sûr qu’il fallait moderniser notre challenge et le mettre en ligne. L’évolution des choses fait partie de le vie. Qui n’avance pas recule. Ce qui fut dit, fut fait, merci J.-P. Mais parfois quand ça va trop vite, ça fout les jetons ! Même qu’il nous avait dit « vous n’avez plus rien à faire, juste à entrer les kilomètres dans les cases et je m’occupe du reste ». Vous savez  toutes ces petites cases qui apparaissent quand vous ouvrez Excel et qui procurent un vertige angoissant. C’est ce qui m’est arrivé.
Devant ma nullité crasse, le maître d’école s’est déplacé en personne, chez moi afin de me donner un cour particulier qui me permette d’entrer dans les arcanes de Google Drive et d’y déposer humblement (comme une offrande) mes pauvres kilomètres et de m’inscrire sur les rallyes via l’informatique.
« L’informatique pour les nuls » ça a duré une heure. « T’as tout compris ? » « Fastoche ! Hyper simple ! Tiens je te fais même une démo ! Qui c’est le meilleur ? » Comment que je me la pète ! Je me la pète grave, ouais tant qu’il est là mon maître d’école particulier. « Salut J.-P, c’est sympa. Et merci encore. »
Le lendemain, ne doutant de rien, je vais mettre mes kilomètres dans Google Drive … et là où la veille je crânais … kolossale kâtâstroffe … j’échoue la-men-ta-ble-ment. P….n, la honte (dans des cas extrêmes je deviens vite grossier). Néanmoins opiniâtre, ne reculant pas devant l’adversité et encore moins devant une saloperie de machine. Je cherche, j’insiste, je persiste et à force de tripatouiller je bloque l’ordi. une fois, deux fois et m…e, on verra demain. Ça s’appelle le stresse, l’angoisse de la nouveauté. La dépression est là tapie dans l’ombre, je sens son haleine fétide sur ma nuque.
Quand on est dépressif le plus terrible c’est la nuit, des cauchemars à n’en plus finir, à n’en plus dormir. Tout est amplifié, déformé. La souris devient un énorme rat poilu et menaçant. Tel le big bang l’écran m’absorbe entièrement. C’est le trou noir. J’ouvre une fenêtre sur un vide abyssale qui m’attire inexorablement et je tombe, je tombe à pic, à n’en plus finir tel Alice au pays des horreurs. Enfin je vois mon maître d’école, ouf, help me, help me. Je lui tend la main, je l’implore mais, horreur, malheur, il me repousse d’un violent coup de pied et m’enfonce encore plus dans ma folie. Il est tout vert, il a des pustules sur le crâne, il a de la bave verte aux commissures des lèvres, de sa bouche édentée sortent des crapauds et des serpents menaçants. Il a un rire satanique. D’une voix d’outre tombe il me hurle, « t’es vraiment trop nul, les autres y arrivent bien, alors … démerde-toi ! »
Au matin, après quelques anxiolytiques, ça va beaucoup mieux, mais c’est sans compter avec la perversité du maître d’école et pour bien m’achever il me donne le protocole pour installer le challenge sur mon portable. Nouvelle épreuve très énervante car ce p….n d’ordi. ne veux pas reconnaître mon p….n de téléphone à cause d’un p….n de câble USB inapproprié (ai-je bien fait ressentir mon désarroi ?).  Je pense que le syndrome de Gilles de La Tourette me guette également. Depuis un bon ami m’a précisé que « si on t’envoie sur l’ordi. ça va automatiquement sur ton téléphone ». J’en peux plus, pouvait pas le dire avant ! Je somatise, des plaques violacées envahissent mon visage, mon cardio est sur le point d’exploser, j’ai des bouffées délirantes, mes mains tremblent, mon souffle est court, je vais craquer. Et Dieu dans tout ça ? « Père pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Google Drive je te déteste.
Malgré cette déprime j’ai de la ressource. Un cycliste ça ne renonce jamais. Ou bien c’est le psy. Trop cher ! Ou bien je m’en fous. C’est pas mon genre. Ou bien j’achète un cahier à carreaux, un crayon en bois, une gomme au cas où. « Sur mon cahier d’écolier j’écris ton nom Liberté » mais surtout je trace deux colonnes : la date et les kilomètres. Je ne voudrais pas faire compliqué. Ce sera à base de bûchettes : une bûchette un kilomètre, dix bûchettes un trait horizontal, cinq traits horizontaux cinquante kilomètres, etc, etc … tout le monde a suivi ? Plus basique tu meurs, ce n’est pas possible, non ? Mon système s’appellera « Gogole Bvyc ». A la prochaine Assemblée Générale je remettrai tout mon cahier au maître d’école et …démerde-toi !

 

Les réflexions d’un stylo

Bonjour.
Vous ne me connaissez pas. Je me présente. Je suis le stylo de Gilbert. Celui que vous lui avez offert le soir de l’Assemblée Générale. Ah il était content … mais cadeau empoisonné car il ne s’en sert pas toujours à bon escient. Vous connaissez son mauvais esprit. Vous savez, moi je n’y suis pour rien dans ses écrits. Ce sont sa main et sa mauvaise tête qui me dirigent. Aussi je peux bien vous l’avouer, j’ai parfois un peu honte de ce qu’il me fait écrire. Il est border line. Il prétend détenir des dossiers sur tout le monde. Est-ce bien vrai ? Est-ce de l’intox ? Est-il perverti ? Est-il véritablement méchant, voire vicieux ? Il aime quand ça pique, quand ça gratte là où ça fait mal, alors oui j’ai honte d’être son passeur de mots. D’autant qu’il n’a aucune imagination, il ne sait que se gausser, inventer des vilenies, déformer à plaisir des choses banales.
Son vice c’est d’écrire et donc forcément ça m’interpelle car je suis aux premières loges. Pourquoi écrire ?
Écrire mais c’est de la prétention absolue, c’est de la fatuité, c’est une forme  d’orgueil que de penser que quelques idées vont pouvoir intéresser des gens. C’est complètement impudique car forcément celui qui écrit dévoile une partie de lui-même. C’est également se mettre en danger, prendre des risques face aux légitimes critiques alors que l’orgueilleux en attend des compliments. Écrire c’est provoquer, dénoncer, c’est éventuellement blesser. La provocation n’est juste intéressante que si elle aboutit à un échange d’idées, si elle fait réfléchir, réagir. Écrire c’est ouvrir une fenêtre pour voir les choses différemment. C’est poser ses idées clairement, avec des mots justes, avec moins de passion que dans le feu d’une discussion où le bon vocable ne vient pas forcément instantanément. Écrire c’est partager, c’est exister, c’est une quête d’amour, d’amitié et de reconnaissance, on écrit (on compose, on chante, on peint, on sculpte, etc.) pour les autres.
Je vais vous faire une confidence, moi son stylo, s’il vous dit ou vous écrit qu’il vous déteste c’est sa façon provocatrice à lui de vous dire qu’il vous aime, qu’il vous porte de l’intérêt, sinon il ne dirait rien. Il n’y a rien de pire que le mépris.
Peut-on écrire si l’on n’aime pas ?