CAVALLI Gilbert

COVID19

ou

«Qu’est-ce que je peux faire …»

Les plus anciens ou les cinéphiles se souviennent sûrement du film Pierrot le fou de J.-L. Godard (1965) avec J.-P. Belmondo et Anna Karina. Dans un long plan elle déambule sur une plage en chantonnant «Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire». C’est peut être la question que l’on va être amené à se poser dans les jours, les semaines, voire les mois à venir. Espace/temps immense et angoissant. Pulvérisés, par une situation jamais vécue, les repaires habituels.

En temps «normal» nous sommes dans l’action, dans le mouvement, avec des plannings, des projets et c’est bien. D’un seul coup c’est le vide, le néant. Cette situation me fait penser à une brusque coupure d’électricité le soir. Quelques instants de stupeur à se demander ce qui se passe, plus de bruits, plus de lumière alors à tâtons il faut trouver de nouvelles marques.

«Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire».

C’est peut être alors le moment de prendre son temps, de redécouvrir les vertus de la lenteur.

Aller rapidement comme d’habitude ne servirait de toute façon à rien, toute action étant limitée à la maison, au mieux au supermarché. Aller vite c’est parfois s’énerver. Il va falloir apprendre à vivre ensemble 24 h/24 h. Attention couples fragiles, attentions enfants turbulents. C’est le moment de s’accepter, de se redécouvrir calmement en prenant son temps.

L’homme est un drôle d’animal, il a parfois du mal a supporter son prochain mais il s’ennuie s’il n’a pas le contact avec l’autre. Instinct grégaire. «Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire». Les réseaux sociaux ont cette fois un bon rôle à jouer, les groupes de discussion, les SMS, les mails, le téléphone tous ces outils qui permettent de relier les hommes et les aident à rompre l’isolement sont bénéfiques. Dans la mesure du possible ne pas hésiter à forcer sur la dose d’humour même un peu lourd, c’est une bonne protection contre l’ennui et la peur. «Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer» (Beaumarchais).

Soyons fous, et si cette cochonnerie de virus pouvait redonner le goût de la lecture, de l’écoute de la musique et pourquoi pas de l’étude? Bricolage et jardinage deviennent les deux mamelles des désœuvrés. La cuisine est-elle compliquée? L’imagination trouvera mille façons de cuisiner les pâtes … quand il en reste au supermarché.

Pour nous les accros au sport ça devient limité mais il y a quand même moyen de pratiquer: home-trainer, footing et marche à proximité, quelques mouvements de gym afin de vérifier que le tour de taille reste «décent». Attention les petits gâteaux et le chocolat sont les tentateurs de l’oisif!

Pour ceux qui ont la chance d’avoir un jardin, profiter du calme et d’une moindre pollution. Un peu de méditation au soleil remet les idées en place.

«Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire». L’entraide entre voisins, si limitée soit-elle, fera plaisir à l’aidé et à l’aidant. Encore que le plus efficace pour aider son prochain étant de sortir le moins possible. Si l’on connaît une personne du corps médical, lui dire toute notre gratitude. Gratitude pour toujours et ne pas faire comme avec la police qui fut applaudie quand on a eu peur puis vouée aux gémonies par la suite. Ingratitude humaine.

Dans la mesure où la maladie ne passe pas par nous, essayons de rester positif. Il y a toujours moyen de tirer quelque chose de bien même dans une situation surréaliste. Prenez soin de vous. A bientôt et imaginons nos retrouvailles.

«Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire». … bah écrire aux copains.

Gilbert CAVALLI
Les petits agacements du quotidien (première partie en-dessous)
ou
«T’es encore bien pour ton âge»
Au secours Docteur Freud. Ce mois-ci j’ai encore eu des petits agacements. Vous savez de ceux que l’on se permet quand tout va bien. Les petits agacements du quotidien. Je sais, il y a des choses bien plus graves, n’empêche que c’est plus fort que moi ces pulsions agressives.
Par exemple, même si ça se veut gentil, quand on me dit « t’es encore bien pour ton âge ». Ça sous entend : dans ta catégorie d’âge tu n’es pas trop décati et sous-sous entendu : tu fais quand même bien ton âge. Il y a également le « j’aimerais bien être encore comme toi à ton âge ». Ceux qui disent ce genres de phrases ce sont ceux qui ont la trouille de vieillir et qui regardent sur les autres les affres du temps. C’est quand même très horripilant, comme si la personne que je suis ne se réduisait qu’à «ton âge», je ne serais donc plus que ça? «Ô rage, ô désespoir!».
Arrivé à ce stade de mes premiers agacements, je dois avouer que, si j’ai un défaut, je dis bien SI, j’ai une légère tendance à être susceptible: ça vient de l’enfance Docteur Freud?
– Je déteste ceux qui répondent à la question «comment vas-tu?» par un exécrable «comme un vieux». Il n’y a pas plus nulle comme réponse. Ce sont généralement les mêmes qui usent de l’expression «de mon temps» ou «c’était mieux avant». A bien y réfléchir: si chaque génération a dit que c’était mieux avant, ont peut remonter au Big bang. Et avant le Big bang? Bonne question, mais là on touche l’existence de Dieu et ce n’est plus mon propos.
– «Ah tu fais encore du sport». Le encore me fait grincer des dents. On sent dans ce encore toute l’incrédulité de celles et ceux qui se sont fait des tendinites à force de manier la télécommande. Dans ces cas là je propose : si demain t’es dispo on se fait un tour de vélo … à ce moment là j’ai de mauvaises intentions dans la tête.
– Il y a peu j’ai cru halluciné devant un commerçant qui me parlait en articulant ses mots plus que de raison et en élevant le son de sa voix. Bon, ok, plus très jeune mais ni débile ni sourd. Dans ma tête j’ai eu des idées de violence !!!
– S’il te plaît Madame la caissière, ne te permets pas de chercher à ma place dans mon porte monnaie le centime qui manque. Merci. Je vois encore assez clair et mes doigts vont bien, sans arthrose.
– Agaçant le «tu t’habilles toujours comme un jeune». Toujours … Bah oui il y a longtemps que je ne porte plus mes pattes d’eph, le noir ne me va pas au teint et je peux encore lacer mes chaussures, donc on oublie ces espèces de choses marrons, avec des scratchs, qu’on appelle des chaussures … très moches.
– Le seul gamin aimable, je suis tombé sur lui, il voulait me céder sa place dans le métro. Je ne pouvais quand même pas l’envoyer promener. J’ai pensé: reste assis mon gars, tu as toute une vie à faire et ça va être long, repose-toi. A propos de plus jeune, combien de fois n’ai-je pas entendu cette stupidité «ce n’est pas à moi de dire bonjour le premier». Donc la politesse et le respect auraient un âge? A méditer. Ce sont souvent les mêmes qui revendiquent «c’est pas à mon âge que je vais changer» et pourtant ce serait bien des fois. Mais peut être qu’il y aurait trop de boulot et puis c’est souvent trop tard.
– «J’comprends rien à c’quon chante en ce moment», bah oui Édith Piaf et Luis Mariano sont morts, c’était bien, n’empêche qu’il y a plein de jeunes, ou moins jeunes, avec des rythmes, des paroles et des musiques qui donnent envie de bouger.
– Insupportable le rigolo de service qui, sous prétexte qu’un mot ne revient pas immédiatement dans une phrase s’écrie «Alzheimer». Pour lui c’est facile, il n’a pas de vocabulaire, donc pas de mot à choisir!
– Déprimants les repas qui commencent systématiquement par l’énumération des bobos de chacun des convives. Au dessert on compte les morts! Un conseil ne jamais poser la question qui tue «alors comment ça va?». J’ai un ami qui raconte: «dans le temps on parlait de grivoiseries, maintenant on ne parle que de maladies». Belle lucidité.
– Indécentes les pubs proposant des crédits pour les obsèques, d’envisager le viager. Pour danser confortablement des couches … invisibles, du Fixodent qui tient 24 h, c’est fou non, tu peux même manger des pommes. Le monte escalier magique, passons sur les traitements pour prostatiques, les adresses d’ehpad, les Damart, les gélules au gingembre pour les messieurs (clin d’œil!), important ne pas oublier les legs, les poudres de perlimpinpin contre l’arthrose et tous les bobos, les sites de rencontre pour seniors, etc. Il y a peu un démarcheur téléphonique m’a dit direct et affirmatif «vous êtes retraité» et m… en plus on est fliqué … non mais je rêve!
Pour terminer j’emprunte à Brassens cette pensée universelle : «des jeunes cons qui traitent de cons des vieux cons. Non seulement c’est stupide mais c’est également un manque de réflexion car la fuite du temps fait que inexorablement un jour ou l’autre …».

 

Les petits agacements du quotidien
ou
«L’enfer c’est les autres»*
Oh! bien sûr en ce moment je pourrais vous dire mes grandes indignations morales, politiques, écologiques, philosophiques, religieuses. Je pourrais m’emporter contre les guerres, l’intolérance, les attentas, les enfants abusés, les femmes battues, la pauvreté … mais j’arrête là cette énumération de malheur car la nausée me vient!
Alors pour tenter de ne pas pleurer face à ces drames, je préfère égoïstement rire de mes petits agacements dérisoires du quotidien. C’est un privilège de pouvoir se le permettre.
Par exemple le type (car ça ne peut être qu’un homme) qui prend deux places sur un parking parce qu’il a un gros 4X4 … agaçant. Pourquoi reste-t-il toujours une vis après voir monté un meuble en kit? On ne dénoncera jamais assez la perversité d’Ikéa. Justement parlons-en d’Ikéa, être obligé de passer par le chemin tracé à coups de flèches dans tout le magasin alors qu’un seul rayon m’intéresse … Mais c’est une atteinte à ma liberté et ça, ça me rend fou de rage.
Les jugements à l’emporte pièce, ceux qui ont des avis sur tout, les bah pourquoi t’as pas fait comme ça? Les gens que l’on ne connaît pas et qui veulent vous mêler à leur conversation, la mauvaise foi, les couples qui règlent leurs comptes en société. Agaçant et indécent.
J’avoue, j’en fais partie, de ceux qui changent de file dans les encombrements et forcément celle que vous venez de quitter c’est celle qui se met à rouler, il y a l’autre version aux caisses des supermarchés. Ça c’est frustrant.
Sont horripilants ceux qui vous appellent «il» parce qu’ils ne savent pas s’ils doivent vous tutoyer ou vous vouvoyer, le genre «comment y va?». Ouais y va bien, merci pauvre tache ! (Vous sentez l’énervement?).
Le syndrome de la chaussette orpheline parce que l’une des deux est restée dans la machine à laver … ça vous fout en l’air une matinée. Parce que c’est justement cette paire là que l’on voulait porter … petit drame de la vie quotidienne. Agaçantes les démarches commerciales téléphoniques au moment des repas ou pire pendant votre série télévisée préférée. Et les notices, toutes ces notices médicales bien trop longues, illisibles et qui vous foutent les jetons tant il y a de contre-indications.
Insupportables les jeunes gens beaux, intelligents et en bonne santé, tout comme ces phrases stupides (souvent dites par des personnes âgées) qui commencent par «de mon temps». Le buzz journalistique plutôt que l’analyse politique, les publicités débitées à une telle rapidité que l’on y comprend rien (de toute façon elles sont inintéressantes).
Plus concrètement, ça ne vous agace pas à la pompe à essence, la poignée pleine de gas-oil et qui vous parfume la main pour la journée? Le sournois petit bruit qui couine sur un vélo tout neuf et que l’on ne trouve pas d’où il vient? Sans parler du caddie de super marcher qui vous fait avancer comme un crabe parce qu’il y a forcément et toujours une roulette qui fonctionne mal? Un détail qui pourrit la vie, vous savez les cinq ou six étiquettes dans un vêtement neuf et qui vous grattent tant que vous ne les avez pas coupées. J’aime les librairies et les bibliothèques mais le positionnement des livres pour la lecture des titres vous fiche un torticolis douloureux. Comme dans la chanson … «Ça m’énerve».
Vous voyez mes ami-e-s que j’ai une vie bien difficile et à bien y réfléchir si «L’enfer c’est les autres» peut-être que moi aussi alors je dois bien faire partie de l’enfer des autres et ça c’est très agaçant!
* J.-P. Sartre

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